Hijama : Tradition Islamique et Preuves Scientifiques

Hijama : Tradition Islamique et Preuves Scientifiques

« Hijama = ventouse humide arabo-islamique avec scarification, ancrée dans les hadiths sahih d'al-Bukhari, Abu Dawud et Ibn Majah. Mentionnée dans le Canon d'Avicenne. Dimension religieuse distincte du cupping chinois. ASTM. »

La hijama suscite un intérêt croissant, porté à la fois par une tradition religieuse ancienne et par une curiosité scientifique moderne. Notre article sur les ventouses chinoises abordait déjà cette famille de pratiques sous un angle plus large. La hijama mérite pourtant un éclairage spécifique, tant sa dimension religieuse distingue cette pratique de ses équivalents chinois ou occidentaux. Voyons ensemble ce que disent réellement les textes, ce que confirme la recherche médicale, et pourquoi ces deux niveaux ne doivent jamais se confondre.

Qu’est-ce que la Hijama ?

La hijama désigne une forme de ventouse humide, originaire de la médecine arabe traditionnelle. Contrairement aux ventouses sèches, déjà détaillées dans notre article de référence, elle associe de fines scarifications cutanées à l’aspiration, permettant d’extraire une petite quantité de sang. Cette pratique occupe une place particulière dans la tradition islamique, où plusieurs récits attribués au Prophète Mohamed (paix et bénédictions d’Allah sur lui) en mentionnent l’usage.

« Trois niveaux : 1) Tradition religieuse (hadiths sahih documentent la pratique) ; 2) Usage thérapeutique (effet modeste sur douleurs musculo-squelettiques, certitude modérée) ; 3) Mécanismes physiologiques (à l'étude). Aucune carte point-organe-maladie. »

Trois Niveaux à Ne Jamais Confondre

Avant d’aller plus loin, une distinction s’impose, car elle structure l’ensemble de cet article. Trois niveaux de connaissance coexistent autour de la hijama, et chacun répond à des règles de validation différentes.

Le premier niveau concerne la hijama traditionnelle islamique, c’est-à-dire les points et les périodes rapportés par les textes religieux. Le second niveau englobe la hijama thérapeutique moderne, soit son usage pour des troubles précis comme les douleurs lombaires ou cervicales. Le troisième niveau rassemble les théories physiologiques actuelles, notamment l’inflammation locale et la modulation de la douleur. Ainsi, la littérature scientifique étudie principalement les deuxième et troisième niveaux. Elle ne valide pas automatiquement chaque affirmation traditionnelle du premier niveau.

Al-Kahil et les Deux Al-Akhda’in : les Points les Mieux Documentés

Deux zones reviennent le plus fréquemment dans les textes religieux. Al-Akhda’in, soit les deux côtés de la nuque, et Al-Kahil, la région supérieure du dos entre les deux omoplates. Un hadith rapporté par Anas mentionne explicitement une hijama pratiquée à ces deux emplacements, un texte classé authentique par certains spécialistes du hadith.

Une publication scientifique consacrée à la standardisation des essais cliniques sur le cupping décrit d’ailleurs Al-Kahil comme une région interscapulaire précise, utilisée comme repère dans certains protocoles de recherche. Cependant, cette description reflète un choix méthodologique des chercheurs, pas une localisation anatomique universellement imposée par le texte religieux lui-même.

Ce que le Hadith Atteste, et ce qu’il n’Atteste Pas

Voici un point essentiel pour toute personne cherchant à comprendre cette pratique en profondeur. Le récit attestant la hijama à Al-Kahil et aux Al-Akhda’in confirme que cette pratique existait à ces emplacements. Cependant, il ne fournit aucune liste de maladies spécifiquement associées à chaque point, ni aucune correspondance du type « côté droit pour le foie, côté gauche pour le cœur ». Une telle correspondance, parfois diffusée sur internet, n’est tout simplement pas établie par les textes cités.

La Tête, la Hanche et le Pied : des Récits Contextuels

Plusieurs autres récits mentionnent la hijama à la tête, notamment pour soulager une douleur unilatérale durant un pèlerinage. D’autres évoquent la hanche ou le pied, généralement dans un contexte de blessure ou de contusion précise, plutôt que comme une prescription universelle pour toute affection touchant cette zone. Ainsi, ces récits restent des attestations contextuelles, et non des cartes thérapeutiques générales couvrant la fertilité, les reins ou la goutte, comme certaines sources modernes le suggèrent parfois à tort.

Les Dates du 17e, 19e et 21e Jour

Plusieurs hadiths associent également la hijama à des jours précis du calendrier lunaire, notamment les 17e, 19e et 21e jours du mois. Cependant, l’authenticité de ces récits ne fait pas l’unanimité parmi les spécialistes du hadith. Certaines versions sont classées comme fiables par certains savants, tandis que d’autres chaînes de transmission sont jugées plus faibles par d’autres spécialistes. 

La Référence Scientifique Centrale : la Revue d’Al-Bedah de 2016

Sur le plan médical, un travail occupe une place particulièrement centrale dans la littérature consacrée spécifiquement à la hijama humide. L’équipe d’Abdullah M. N. Al-Bedah a publié en 2016, dans le Journal of Alternative and Complementary Medicine, une revue systématique analysant quatorze essais cliniques randomisés.

Cette synthèse rapporte des résultats favorables dans plusieurs indications, notamment certaines lombalgies non spécifiques, les douleurs cervicales, le syndrome du canal carpien déjà évoqué dans notre article sur la sciatique, ainsi que la brachialgie. Cependant, les auteurs eux-mêmes soulignent des limites méthodologiques importantes dans les études disponibles, et appellent explicitement à des essais de meilleure qualité avant de tirer des conclusions plus fermes.

Ce que Montrent les Données les Plus Récentes

Une méta-analyse plus récente, publiée en 2025 et regroupant dix essais représentant 656 participants, confirme un effet immédiat favorable sur certaines douleurs musculosquelettiques. Cependant, ses auteurs qualifient cette certitude de modérée, tout en signalant une très forte hétérogénéité entre les études, ainsi qu’une absence d’amélioration significative sur le handicap fonctionnel global à plus long terme.

Par ailleurs, un essai clinique récent portant spécifiquement sur l’arthrose du genou, déjà détaillé dans notre article de référence sur les douleurs du genou, n’a pas retrouvé de supériorité des ventouses sèches comparées à une procédure simulée, que ce soit pour la douleur, la capacité fonctionnelle ou la qualité de vie. Ainsi, ce résultat invite clairement à la prudence, sans pour autant trancher définitivement la question spécifique de la hijama humide.

La Position du NCCIH

Le National Center for Complementary and Integrative Health, organisme américain rattaché aux National Institutes of Health, adopte une position particulièrement prudente. Il considère que la majorité des recherches disponibles présentent une qualité méthodologique faible, et que les preuves actuelles ne permettent pas de conclure à une efficacité pour la grande majorité des indications parfois annoncées.

Ce que la Science Permet Réellement d’Affirmer

Voici un tableau synthétique, utile pour résumer honnêtement l’état actuel des connaissances.

La hijama existe comme pratique traditionnelle ancienne : ce fait reste parfaitement établi. Elle peut avoir un effet sur certaines douleurs : les données restent encourageantes, bien que limitées. Elle serait efficace pour toutes sortes de maladies : cette affirmation n’est pas démontrée. Elle « détoxifierait » systématiquement l’organisme : aucune preuve clinique solide ne permet de l’affirmer à ce jour. Elle peut provoquer des effets indésirables : ce point reste, lui, bien démontré. Enfin, l’hygiène et la compétence du praticien restent essentielles, un point sur lequel l’ensemble des sources consultées s’accordent sans réserve.

Ce que la Hijama ne Permet Pas d’Affirmer

Il reste essentiel d’aller au-delà des simples incertitudes pour nommer clairement ce que les données ne permettent pas de soutenir. Nous ne disposons pas aujourd’hui de preuves suffisamment solides pour affirmer que la hijama élimine des toxines de manière générale, régule systématiquement les hormones, nettoie le sang, ou traite le diabète, les maladies cardiovasculaires ou les cancers. Toute personne concernée par une maladie grave doit impérativement se tourner vers les traitements médicaux validés, la hijama ne pouvant en aucun cas s’y substituer.

L’Organisation Mondiale de la Santé et la Médecine Unani

L’OMS a publié des référentiels de pratique concernant la médecine Unani, qui décrivent explicitement la hijama humide et répertorient plusieurs sites corporels utilisés dans cette tradition, notamment la nuque, la région interscapulaire, les épaules, la zone lombaire et les genoux. Cependant, ce document constitue avant tout un référentiel de qualité et de sécurité pour cette pratique traditionnelle. Il ne constitue jamais une validation scientifique de l’efficacité de chaque point pour chaque maladie, une nuance que l’OMS elle-même rappelle en insistant sur l’évaluation continue des médecines traditionnelles selon leur efficacité, leur sécurité et la qualité des preuves disponibles.

« Hijama humide = geste invasif ISO 5227:2022. Contre-indications : anémie, hémophilie, AVK/AOD, hépatites, diabète déséquilibré. Pas d'arrêt spontané d'un traitement pour permettre la séance. Exiger formation + matériel stérile à usage unique. »

La Sécurité : un Enjeu Central, Jamais Secondaire

La hijama humide rompt délibérément la barrière cutanée, ce qui la distingue fondamentalement des ventouses sèches sur le plan du risque. Le NCCIH signale notamment un risque d’infection, de cicatrices, de brûlures et de décoloration cutanée, ainsi que, dans de rares cas, des complications plus graves. Un matériel insuffisamment stérilisé peut également transmettre des infections sanguines sérieuses, notamment les hépatites B et C.

Une revue consacrée spécifiquement aux effets indésirables de la hijama, menée par la même équipe à l’origine de la référence scientifique déjà citée, recense notamment des cicatrices et des brûlures parmi les complications rapportées. Ses auteurs concluent cependant qu’une large part de ces complications reste évitable, à condition qu’une hygiène rigoureuse, un contrôle sérieux des infections et une formation adéquate du praticien soient systématiquement respectés.

Une Norme Internationale Récente

Depuis 2022, une norme internationale, référencée ISO 5227:2022, encadre spécifiquement les contrôles de sécurité applicables aux dispositifs utilisés pour le cupping. Par ailleurs, une publication de 2021 propose un modèle de standardisation plus large, insistant sur la sélection rigoureuse des patients, la qualification réelle du praticien et des procédures de sécurité clairement établies. Ainsi, ces développements récents témoignent d’une professionnalisation croissante de cette pratique, à mesure que son usage se répand à l’échelle mondiale.

Qui Doit Faire l’Objet d’une Vigilance Particulière ?

Avant toute procédure invasive comme la hijama humide, une évaluation médicale reste particulièrement importante chez les personnes souffrant d’anémie, de troubles de la coagulation, sous traitement anticoagulant, immunodéprimées, ou présentant des troubles de la cicatrisation. Par ailleurs, il ne faut jamais interrompre un traitement médicamenteux dans le seul but de permettre une séance, sans l’avis explicite du médecin prescripteur. Ce lien rejoint directement la logique déjà évoquée dans notre article de référence sur le stress oxydatif, l’inflammation générée par une procédure invasive mal encadrée pouvant aggraver, plutôt qu’apaiser, un terrain déjà fragilisé.

Comment Aborder la Hijama avec Discernement

Face à cette pratique, deux attitudes extrêmes restent à éviter. D’un côté, rejeter en bloc une tradition religieuse et culturelle vieille de plusieurs siècles, porteuse d’une expérience accumulée sur le temps long, ne rendrait pas justice à sa richesse historique. De l’autre, présenter la hijama comme une solution universelle, validée scientifiquement pour toute affection, irait largement au-delà de ce que les données actuelles permettent d’affirmer honnêtement.

Ainsi, l’attitude la plus juste consiste à reconnaître la hijama pour ce qu’elle est : une pratique traditionnelle ancienne, attestée par des textes religieux spécifiques, dont certains usages pour la douleur musculosquelettique bénéficient aujourd’hui de données scientifiques encourageantes mais encore limitées, et dont la sécurité dépend fondamentalement de la compétence et de la rigueur du praticien.

« Hijama largement implantée : Arabie saoudite (réglementée SCFHS), Iran (30 % de la littérature PubMed), Turquie (GETAT), Maroc, Égypte (depuis les pharaons), Chine (MTC), Irak, Jordanie. Recherche croissante au Moyen-Orient. »

Les principaux pays où la pratique est particulièrement implantée d’après les données scientifiques disponibles

Pays / région Situation de la pratique
🇸🇦 Arabie saoudite La hijama humide est très répandue et constitue une pratique traditionnelle importante. Elle est également réglementée par les autorités sanitaires. (PubMed)
🇨🇳 Chine Les ventouses sont profondément intégrées à la médecine traditionnelle chinoise. La pratique comprend plusieurs formes, dont les ventouses avec saignée. (PubMed Central (PMC))
🇮🇷 Iran La hijama/saignée traditionnelle est largement pratiquée et fait l’objet de nombreuses études cliniques.
🇹🇷 Turquie La hijama est également très connue et pratiquée, notamment dans le cadre des médecines traditionnelles et complémentaires.
🇮🇶 Irak La hijama est fortement présente dans la tradition médicale populaire et religieuse.
🇯🇴 Jordanie Pratique connue et particulièrement présente dans les pays du Moyen-Orient.
🇲🇦 Maroc La hijama est très connue et pratiquée, notamment dans le contexte de la médecine traditionnelle et de la tradition islamique.
🇪🇬 Égypte Présence importante de la hijama et des médecines traditionnelles.

Atlas critique des points de hijama

« Atlas critique : Al-Kahil et les deux Al-Akhda'in (Dawud 3860), tête (Bukhari 5700-5701), hanche (Dawud 3863), pied (Ibn Majah 3485). Mentionner une zone dans un hadith ne signifie pas qu'elle soigne une maladie spécifique. »

Noms arabes, localisation, hadiths, preuves médicales et précautions

Voici un atlas documentaire, en commençant par Al-Kahil et les deux Al-Akhda’in.

La distinction essentielle : une zone mentionnée dans un hadith n’est pas, à elle seule, un point dont l’efficacité pour une maladie précise a été démontrée médicalement. Les textes décrivent généralement des régions du corps, pas des coordonnées anatomiques millimétriques.

Cet atlas ne constitue donc pas un guide pour pratiquer des incisions, particulièrement au cou et à la tête.

1. Carte générale

Les lettres ci-dessous servent uniquement à lire cet atlas : ce ne sont pas des numéros traditionnels de points.

Repère Nom arabe ou désignation Région générale Statut documentaire
A Al-Kahil — الكاهل Haut du dos, entre les épaules Explicitement mentionné dans un hadith
B et C Al-Akhda’in — الأخدعان Deux régions latérales du cou Explicitement mentionnées dans un hadith
D Ar-Ra’s — الرأس ; Hāmah — الهامة selon le texte Tête ; sommet dans certains récits Mentionné dans plusieurs hadiths
E Al-Warik — الورك Hanche, au-dessus de la cuisse Mentionné dans un récit lié à une douleur ou contusion
F Al-Qadam — القدم Pied Récit lié à une blessure ; localisation exacte à ne pas extrapoler
G Al-Qatan — القطن Région lombaire Zone de pratiques traditionnelles et d’études modernes
H Al-Mankibayn — المنكبان Épaules Désignation anatomique, employée dans différentes pratiques
I Ar-Rukbah — الركبة Genou Zone étudiée notamment pour l’arthrose
J As-Sāqayn — الساقان Jambes, entre genoux et chevilles Désignation anatomique ; pas exclusivement les mollets

Attention aux traductions : sāq signifie la jambe, et non uniquement le mollet. De même, « tête », « sommet du crâne » et « arrière de la tête » ne sont pas interchangeables.

2. Al-Kahil — الكاهل

Localisation

Région supérieure du dos, entre les épaules, à proximité de la jonction entre la base du cou et le haut du thorax.

Les descriptions modernes ne sont pas parfaitement uniformes. Le référentiel scientifique STRICTOC cite, comme exemple d’un protocole de recherche, une région interscapulaire correspondant approximativement aux niveaux T1–T3. Cela décrit le choix des chercheurs, pas une localisation universelle imposée par le hadith. Source : STRICTOC

Hadith et authenticité

Anas rapporte une hijama aux Al-Akhda’in et Al-Kahil :

« … فِي الأَخْدَعَيْنِ وَالْكَاهِلِ »

Sunan Abi Dawud 3860, classé sahih selon al-Albani sur la page consultée. Texte du hadith

Indications traditionnelles et preuves médicales

Le récit atteste la pratique à ces endroits, mais ne donne pas une liste de maladies propres à Al-Kahil.

Des études examinent les ventouses dans les douleurs cervicales, des épaules ou du dos. Elles ne démontrent pas pour autant qu’Al-Kahil possède une propriété thérapeutique unique, ni qu’il traite les organes auxquels certaines cartes l’associent.

Conclusion pour ce point : attestation textuelle claire; efficacité médicale spécifique du point non établie.

Précautions

Les risques cutanés et infectieux de la hijama humide restent présents, même sur une zone traditionnelle.

3. Les deux Al-Akhda’in — الأخدعان

Localisation

Deux régions situées de part et d’autre du cou. Certaines descriptions modernes les placent vers la partie haute et postérolatérale du cou, près de la limite du cuir chevelu.

La traduction anglaise de certains hadiths parle de « jugular veins ». Cela ne doit surtout pas être compris comme une instruction de ponctionner ou d’inciser une veine jugulaire. Les sources traditionnelles ne remplacent pas une évaluation anatomique clinique. Hadith · Descriptions modernes

« Al-Bedah 2016 (14 ECR) : effet favorable lombalgie/cervicalgie modeste. Méta-analyse 2025 (10 ECR, 656 pts) : certitude modérée, hétérogénéité forte. Essai 2026 arthrose genou : aucune supériorité vs sham. NCCIH prudent. »

Hadith et authenticité

Même référence que pour Al-Kahil : Abu Dawud 3860, sahih selon al-Albani.

Indications traditionnelles et preuves médicales

Le hadith ne fournit pas de correspondance du type :

  • côté droit → foie ;
  • côté gauche → cœur ;
  • les deux côtés → thyroïde ou hormones.

Une telle correspondance n’est pas établie par le texte cité.

Des essais sur les douleurs cervicales existent, mais ils ne valident pas nécessairement ces deux emplacements précis ni la nécessité d’y pratiquer une hijama humide.

Conclusion pour ces points : présence dans le récit; bénéfice propre à chacun non démontré.

Précautions particulières

Le cou est une région anatomiquement sensible, comportant des vaisseaux et des nerfs importants. Les références cliniques déconseillent l’application directement sur les artères, veines et nerfs. Pas d’auto-hijama sur cette région. Précautions cliniques

4. La tête — الرأس

Localisation

Les textes mentionnent la tête, et certains son sommet. Ils ne permettent pas de transformer toute la région crânienne en un ensemble de points équivalents.

Hadiths et authenticité

  • Sahih al-Bukhari 5700–5701 : hijama à la tête pour une affection, avec mention d’une douleur unilatérale de la tête, pendant l’état d’ihram. Texte
  • Sunan Abi Dawud 3859 : mention du sommet de la tête et de la région entre les épaules ; sahih selon al-Albani. Texte

Preuves médicales

Une revue systématique consacrée à la migraine rapporte des résultats potentiellement favorables, mais une qualité de preuve faible. Les protocoles étudiés emploient différents sites : ils ne valident donc pas un unique « point prophétique de la migraine ». Revue systématique

Précautions particulières

Le NCCIH signale de rares cas de saignement intracrânien après des ventouses sur le cuir chevelu. Cette zone ne doit pas être banalisée. Une céphalée brutale ou inhabituelle nécessite une évaluation médicale, pas une séance de hijama. NCCIH

5. La hanche — الورك

Localisation et contexte traditionnel

Région de la hanche, décrite dans la traduction comme au-dessus de la cuisse.

Abu Dawud 3863 rapporte une hijama pour une contusion ; le récit est classé sahih selon al-Albani. Texte

Interprétation

Il s’agit d’un contexte de douleur ou de blessure locale, pas d’une prescription universelle pour toute affection de la hanche.

Preuve médicale spécifique : les sources examinées ne permettent pas d’établir un bénéfice propre à cet emplacement traditionnel.

6. Le pied — القدم

Ibn Majah 3485 rapporte une chute avec blessure au pied ; le narrateur Waki‘ précise le recours à la hijama pour la contusion. La page consultée le classe sahih selon Darussalam. Texte

Limite importante : ce récit ne fournit pas de coordonnées précises et ne justifie pas les listes modernes attribuant au pied des effets sur la fertilité, les reins ou la goutte.

Précautions : une blessure récente doit d’abord être évaluée. Une mauvaise cicatrisation, une neuropathie ou des troubles circulatoires rendent particulièrement préoccupante toute procédure invasive sur le pied.

7. Autres régions : pratique traditionnelle et recherche

Ces noms désignent des régions anatomiques ; ils ne constituent pas automatiquement des “points prophétiques”.

Région Usages traditionnels ou étudiés Ce que l’on peut conclure
Lombaires — القطن Lombalgies, douleurs du bas du dos Résultats variables ; pas de preuve d’un « point des reins »
Épaules — المنكبان Douleurs et tensions cervicales ou des épaules Soulagement possible dans certaines études ; efficacité propre au point non établie
Genou — الركبة Douleur liée à l’arthrose Données anciennes favorables mais faibles ; un essai récent contre placebo n’a pas retrouvé de supériorité
Jambes — الساقان Douleurs locales dans différentes traditions Pas de propriété thérapeutique universelle démontrée

Pour le genou, l’essai publié dans le Brazilian Journal of Physical Therapy en 2026, portant sur 62 femmes, n’a pas trouvé de supériorité des ventouses sèches sur les ventouses simulées pour la douleur, la capacité fonctionnelle ou la qualité de vie. Ce résultat ne tranche pas toute la question de la hijama humide, mais invite à la prudence. Essai clinique

8. Comment lire le niveau de preuve de cet atlas ?

Deux résultats récents doivent être considérés ensemble :

  • Une méta-analyse de 2025, regroupant 10 essais et 656 participants, trouve un effet immédiat favorable sur certaines douleurs musculosquelettiques, avec une certitude jugée modérée par ses auteurs, mais une très forte hétérogénéité et sans amélioration globale significative du handicap fonctionnel. Étude
  • Une revue comparant spécifiquement les ventouses sèches au placebo juge les résultats très incertains. Synthèse PEDro

La formulation juste est donc : un soulagement de certaines douleurs est possible, mais l’efficacité spécifique des points traditionnels, la durée du bénéfice et l’intérêt supplémentaire des incisions ne sont pas solidement établis. Les résultats des ventouses sèches ne doivent pas être automatiquement attribués à la hijama humide.

9. Les dates 17, 19 et 21

Elles relèvent du calendrier lunaire, pas de la localisation des points.

  • Abu Dawud 3861 : classé hasan selon al-Albani. Texte
  • Tirmidhi 2051, qui associe les zones et les dates : la page consultée affiche da‘if selon Darussalam. C’est une précision importante par rapport au dossier initial. Texte

Ces classements doivent être attribués à leurs auteurs : ils ne représentent pas nécessairement un consensus de tous les spécialistes. Les sources médicales examinées n’établissent pas de supériorité clinique de ces dates.

10. Sécurité commune à toutes les zones

La hijama humide rompt la barrière cutanée. Ses risques comprennent notamment infections, cicatrices, saignement et anémie après des séances répétées. Du matériel contaminé peut transmettre les hépatites B et C. NCCIH

Avant toute procédure invasive, une évaluation médicale est particulièrement importante en cas d’anémie, de trouble de la coagulation, de prise d’anticoagulants, d’immunodépression ou de mauvaise cicatrisation. Ne jamais arrêter un médicament pour permettre une séance sans l’avis du prescripteur.

À retenir

Al-Kahil et les deux Al-Akhda’in sont bien documentés dans les textes cités. La tête, la hanche et le pied apparaissent aussi dans des récits, parfois pour une affection locale précise. Mais aucune de ces attestations ne permet de construire une carte médicalement validée “un point = un organe = une maladie”.

En Conclusion

La hijama illustre parfaitement la nécessité de distinguer plusieurs niveaux de connaissance : l’attestation textuelle religieuse, l’expérience traditionnelle accumulée, et la validation scientifique moderne, qui ne répondent jamais aux mêmes critères. Ainsi, un point mentionné dans un hadith authentique n’est jamais, à lui seul, la preuve médicale d’une efficacité propre contre une maladie précise. Face à toute décision concernant cette pratique, en particulier sa forme humide invasive, nous recommandons vivement de consulter un professionnel de santé qualifié, et de choisir un praticien formé aux exigences d’hygiène et de sécurité aujourd’hui requises.


Avis de non-responsabilité : Cet article est proposé à titre uniquement informatif et ne constitue en aucun cas un diagnostic, une guérison ou un traitement d’une pathologie. Nous vous conseillons de toujours consulter un professionnel de santé qualifié avant toute séance de hijama, en particulier en cas de trouble de la coagulation, d’anémie ou de traitement en cours. Nous ne faisons aucune déclaration de santé publique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *